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ENTRETIEN AVEC CHARLES MERLIN, COFONDATEUR DU MINISTÈRE DU BONHEUR

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Charles Merlin

La recette du bonheur a son ministère ! 

Le collectif Ministère du Bonheur se définit comme “consultant en bonheur et bien-être pour les collectivités et les entreprises”. Interview avec le cofondateur Charles Merlin.

 

Qu’est-ce que le Ministère du Bonheur ?

Le Ministère du Bonheur est un collectif, à la fois association à but non lucratif et entreprise de l’économie sociale et solidaire, né en août 2017, dans le but d’améliorer les standards de bonheur, de bien-être et de qualité de vie en France. Notre projet s’inscrit dans une tendance de fond qui est poussée par d’autres initiatives prises à l’international. Nous intervenons auprès des individus, des entreprises et des collectivités pour intégrer la problématique du bien-être dans leurs actions : qualité de vie au travail, mesure et développement du bien-être sur les territoires.

Quels sont vos objectifs ?

Le premier est de démocratiser les connaissances scientifiques sur ces sujets. Il existe un corpus scientifique solide sur les notions de bien-être et de bonheur qui va de la psychologie à la sociologie en passant par les neurosciences. Le second objectif est d’intégrer ces notions chez les différents acteurs de la société française en les accompagnant, entre autres choses, dans la conception d’indicateurs de mesure de bien-être avec des méthodologies solides.

Le développement économique doit être durable et apporter du mieux-être.

Que nous apprennent ces études sur les facteurs de bien-être et de bonheur ?

Premièrement, on sait que l’un des facteurs les plus importants pour qu’une personne se sente bien c’est le capital social, c’est-à-dire la richesse de ses relations interpersonnelles, à la fois en quantité et en qualité. Deuxièmement, les recherches montrent que nos choix d’emploi et de lieu de vie sont déterminés par la qualité de l’expérience que nous vivons au travail et dans notre quartier.

Par conséquent, si un territoire souhaite développer son attractivité, il doit miser sur le développement du bien-être de ses habitants. De plus, à l’échelle d’un territoire, le mal-être se traduit par des coûts de santé plus élevés, un moindre respect de l’environnement, moins d’engagement collectif et moins de dynamisme économique. Bref, le bien-être impacte tous les enjeux de viabilité et de développement d’un territoire !

Comment peut-on mesurer le bien-être sur un territoire ?

On peut le mesurer à travers des données objectives comme le niveau de revenu, d’éducation ou de pollution ou bien à travers des données subjectives en sondant le ressenti des habitants sur un ensemble de thèmes constitutifs du bien-être : sécurité, logement, santé, anxiété, sens, etc. Une bonne mesure du bien-être réussit à croiser ces données objectives et subjectives.

Pour le quartier Confluence, à Lyon, nous procédons de manière participative : nous allons demander aux habitants quels thèmes sont importants pour eux et leur bien-être. Cette “recette”, qui sera correcte pour mesurer le bien-être des habitants du quartier Confluence, ne le sera peut-être pas pour une autre ville. Ce qui compte, c’est que le protocole de mesure soit en cohérence avec les choix des premiers concernés : les habitants dont on va mesurer le bien-être.

Lyon confluence

Pourquoi un tel engouement pour ces approches ?

Parce que de plus en plus de décideurs comprennent que c’est ce qui est attendu d’eux : le développement économique doit être durable et apporter du mieux-être. Or les indicateurs traditionnels comme le PIB ne parviennent pas à rendre compte de l’amélioration de la vie des citoyens. Le travail du Ministère du Bonheur n’est pas nouveau, il rejoint des réflexions engagées sur les nouveaux indicateurs de richesse : ce que nous faisons, c’est aider les pouvoirs publics à mieux évaluer le progrès et à mesurer ce qui compte pour les gens. La bonne nouvelle, c’est que les avancées des recherches, les attentes sociales et les initiatives pionnières prises à l’international nous confortent dans notre conviction que, dans 10 ou 20 ans, la boussole de l’action publique sera le bien-être.

Entretien avec Bruno Marzloff, sociologue